Ne pouvant plus attendre, il appelle Belleville. Il sait qu'il va déranger le directeur, mais aussi que son coup de téléphone témoignera de l'importance qu'il accorde au lancement de cette nouvelle fabrication. Un coup de téléphone suffit parfois à redonner du tonus à une équipe prise dans les difficultés de l'action. Un mot juste, une demande d'explication, un conseil peut faire relever la tête, prendre un peu de hauteur, pour que les problèmes deviennent plus simples.

Il appelle sans passer par sa secrétaire. Annick doit être agacée... elle aime que tout passe par elle. Elle aime tout savoir des activités de son patron pour être plus efficace.

F. Laclos entend à l'écouteur les bruits de l'usine. Il la connaît parfaitement cette usine, son implantation, son matériel, ses hommes. Le directeur a beaucoup de qualités, mais il a parfois du mal à garder son sang froid. Il lui arrive de communiquer son stress à ses collaborateurs. Une ou deux questions suffiront à le détendre, à lui rendre son calme, à relativiser l'importance des problèmes qui se posent.

L'entretien est bref et se termine par :

- Bon courage ! Vous allez y arriver, je vous fais confiance. Tenez-moi au courant. 

Il raccroche, mais il voit encore le directeur, la ligne de fabrication comme si il y était, il entend encore le bruit de l'usine. Il imagine le directeur disant : « c'était le patron, il se demandait comment ça allait », laissant penser: " on peut bien se débrouiller sans lui ", mais au fond heureux de l'avoir eu en ligne, de savoir que le patron pense à lui, à ce qu'il fait.

 

Annick entre sans frapper, ramasse le plateau du café.

- Vous deviez appeler Belleville...Vous l'avez fait?

Sans attendre une réponse qu'elle connaît,  elle poursuit :

- Je fais entrer monsieur Depierre ? Il est neuf heures, il attend.

L'exactitude. Laclos n'aime pas attendre et encore moins faire attendre. Ses journées sont organisées, minutées, son programme établi pour perdre le moins de temps possible. Tout changement a le don de lui taper sur les nerfs qu'il a souvent à fleur de peau. Annick le sait et redoute tout incident qui pourrait perturber son programme. Tous ses adjoints le savent, comme ils savent aussi qu'ils seront reçus à l'heure convenue. Quant aux visiteurs, sauf cas exceptionnel, il ne s'est jamais posé de questions ; le visiteur en retard n'a plus qu'à prendre un autre rendez-vous. Si une personne attendue arrive avec du retard c'est « qu'elle n'accordait pas beaucoup d'importance à son rendez-vous », « qu'elle est mal éduquée », « qu'elle devrait commencer sa journée plus tôt ». « Un type en retard est le reflet de sa boîte, ça doit être le bazar chez lui ». C'est ce qu'il dit à ses adjoints pour les inciter à être ponctuels.

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